La question des mobilités dans le centre-ville d’Albi

Suite à la parution de mes cartes recensant les commerces de l’hyper-centre et notamment ceux ayant fermé, de nombreuses personnes ont mis en cause l’extrême difficulté de se garer en ville. Tous pointent du doigt le manque de places de parking et leur prix trop élevé.

J’ai donc décidé de me pencher sur le sujet.

Tout d’abord, ce problème n’est pas spécifique à Albi. En effet, parmi les nombreux maux dont souffrent les centres-villes français, il y en a un qui fait l’unanimité : le manque d’accessibilité et notamment la difficulté d’y venir en voiture.

Il est certain que de plus en plus de communes optent pour des cœurs de villes piétonniers à l’image de La Rochelle, véritable précurseur en la matière.

Pour autant, au jour d’aujourd’hui, peut-on vraiment affirmer que les voitures sont bannies des centres urbains historiques?

Albi, un centre-ville pas si piétonnier

A Albi, si depuis quelques années les zones piétonnières se sont développées en centre-ville (place du Vigan, place Lapérouse, rue Sainte-Cécile, rue Mariès, rue Timbal, rue de l’Hôtel de Ville…), il n’en reste pas moins que l’automobile est toujours hégémonique.

La carte ci-dessous nous permet de constater qu’un cinquième des rues du centre sont à l’usage exclusif des piétons. Il est donc abusif de parler d’un terrain hostile aux automobilistes, encore moins lorsqu’on sait que même des ruelles étroites sont autorisées à la circulation (rue de Saunel, rue Roquelaure, rue Peyrolières…) et deviennent ainsi vraiment dangereuses (surtout pour les enfants).

rue piétonnes albi centre-ville zone piétonnière

Répartition de l’espace entre piétons et voitures dans le centre d’Albi (grand format ici)

Malgré tout,  aux yeux de beaucoup, centre-ville et voiture ne font pas bon ménage. Pourquoi? Probablement la faute à un stationnement contraignant. Cette opinion largement partagée mérite qu’on s’attarde sur la question des parkings dans le grand centre d’Albi.

Etat des lieux des parkings dans le grand centre et ses environs

Y a-t-il un problème de stationnement à Albi? Le moins que l’on puisse dire à la vue des deux graphiques ci-dessous est que le centre-ville et ses alentours sont bien équipés : 3000 places de parking, dont plus d’un tiers sont gratuites. A cela, s’ajoute la possibilité de se garer dans certaines rues (rue Emile Grand, rue du Sel, rue Devoisins…). En outre, certains parkings, faute de données fiables, n’apparaissent pas (médiathèque, tribunal, Andrieu, préfecture…). Ce ne semble donc pas être le nombre de places qui soit problématique.

parking payant gratuit albi centre-ville

Répartition des parkings selon leur nombre de places

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Répartition des places de parking selon leur coût (en nombre de places)

En effet, le point de discorde semble être ailleurs. Il suffit de prendre en compte le prix et la distance des emplacements par rapport au centre pour s’en persuader.

Un rapide coup d’œil à la carte ci-dessous nous permet de voir que les parkings payants sont proches ou situés dans l’hyper-centre tandis que les parkings gratuits se trouvent plus loin. La proximité avec le cœur de ville a donc un prix que beaucoup se refusent à payer.

carte parking

Parkings du centre-ville d’Albi et ses environs

Toutefois, de quels prix et de quelles distances parle-t-on? Constituent-ils réellement un frein?

Le graphique ci-dessous nous montre la distance moyenne des parkings par rapport aux trois grandes places du centre d’Albi. Le principal enseignement que l’on peut en tirer est que les parkings gratuits (à l’exception de celui de la cathédrale) sont les plus éloignés, avec une distance moyenne de 0,842 mètres contre 0,294 mètres pour les parkings payants. Ces 500 mètres de différence représentent un temps de marche de 5 à 10 minutes!

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Distance des parkings par rapport au centre-ville (en km)

Cet écart de distance est à mettre en parallèle avec le prix horaire d’une place de stationnement dans l’hyper-centre, qui oscille entre 1 euro et 1,30 euro selon les cas (soit 2,40 à 4 euros les deux heures) : il faut payer pour s’approcher.

Ainsi, l’éloignement des parkings gratuits et le coût élevé des parkings centraux  décourageraient de nombreuses personnes à se rendre en cœur de ville, surtout lorsqu’il s’agit de s’y arrêter un instant (moins d’une heure).

Nous touchons ici à un problème qui est n’est pas tant imputable au centre-ville qu’à nos modes de vie en grande partie basés sur l’automobile.

Pour lutter contre cela, une solution existe.

Les transports en commun : une alternative fiable à la voiture

En effet, la voiture n’est pas la seule solution pour rejoindre le centre-ville.

Peu de gens semblent le savoir, mais Albi est au cœur d’un réseau de transports en commun très riche : TER, bus régionaux, bus de ville.

Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à regarder les trois plans ci dessous :

plan du réseau Tarn Bus Albi transports en commun

Plan du réseau Tarn Bus 

plan du réseau TER Midi-Pyrénées train albi

Plan du réseau TER Midi-Pyrénées

Si nous additionnons ces 3 types de déplacements, ce ne sont pas moins de 80 communes  du Tarn et des environs qui sont reliées à Albi, même s’il est vrai que certaines communes sont moins bien loties que d’autres, comme l’illustre la carte ci-dessous.

Petites précisions méthodologiques avant de lire la carte :

  • J’ai utilisé le nombre de passage d’un bus ou d’un train dans chaque ville
  • La desserte en centre-ville est valorisée
  • La présence de plusieurs modes de transports est valorisée
  • Les dessertes le week-end sont fortement valorisées

Si nous observons attentivement les données qui y sont représentées, on constate que la proximité avec Albi et le nombre d’habitants ne sont pas gage d’une bonne desserte.

Par exemple, une ville comme Puygouzon, qui compte 3 000 habitants et qui se situe à 4,5 kilomètres d’Albi est moins bien desservie qu’Alban (930 habitants et distante de 30 kilomètres). Il y a encore pire, comme l’illustre le cas de Fréjairolles : cette commune de 1 300 habitants,  malgré son appartenance à la communauté d’agglomération de l’albigeois et à l’aire urbaine d’Albi et bien qu’étant située à 10 kilomètres d’Albi, ne compte aucune desserte de bus.

A contrario, des villes comme Marssac-sur-Tarn (3 000 habitants/12,5 kilomètres), Réalmont (3 300/20), Carmaux (9 700/17) ou Gaillac (14 300/25) apparaissent comme de véritables satellites tant la densité en termes de desserte est forte.

En fait, le réseau de transports départemental et régional s’est bâti sur les grands axes routiers du département : A68/RN88 à l’ouest vers Toulouse et au nord-est vers Rodez; D612 au sud, vers Castres; D999 à l’est, vers Millau; D600 au nord, vers Cordes-sur-Ciel. La conséquence directe et fâcheuse est l’exclusion de l’ensemble des communes situées sur des axes mineurs (exception faite pour Graulhet, qui compte 12000 habitants, soit la 4ème ville du Tarn).

Dans ces conditions, il est impossible de faire sans la voiture pour des personnes habitant dans des territoires vierges de tout transport ou très faiblement desservis.

Nous pourrions pousser l’analyse plus loin en comparant la faible et/ou difficile desserte de certains quartiers d’Albi et celle de nombreuses villes du Tarn. Nous pourrions ainsi constater qu’il vaut mieux habiter Lisle-sur-Tarn, Marssac ou Carmaux que Rudel, le Gô ou la Rachoune…


Pour conclure, s’il est exact de considérer le stationnement comme un problème dans le centre-ville d’Albi, c’est à mon sens uniquement d’un point de vue financier. Les importantes surfaces allouées au parking font mentir les partisans du « toujours plus de moyens pour se garer ».

De plus, il est possible pour de nombreuses personnes de venir en bus ou en train pour un prix inférieur à ce que coûterait un déplacement en voiture. Il n’est même pas nécessaire de vivre en centre-ville pour bénéficier des transports en commun. Venir à Albi est donc relativement facile, que l’on soit aisé ou non.

En fait, de nombreuses personnes concernées par cette question des transports ne sont pas prêtes à abandonner la voiture  et entendent continuer à fréquenter le centre-ville comme cela leur était possible auparavant. Le hic, c’est que la morphologie des cœurs de ville change, avec des espaces piétonniers et ceux destinés au vélo qui se multiplient ces dernières années. Peut-être même qu’un jour Albi suivra la voie tracée par Amsterdam?


Sources utilisées

Sur le stationnement:

– Chiffres de la mairie sur le nombre de places de parking

Données de Parkopedia

Chiffres de Q-Park sur le prix des parkings 

Sur les transports en commun:

Horaires des bus de ville sur Grand Albigeois

Horaires des cars départementaux sur le site TarnBus

Horaires des TER sur le site de la SNCF

Outils cartographiques:

AbcMap (logiel de cartographie indépendant)

GoogleMap

Autres:

Chiffres INSEE sur les populations légales en 2013

– Chiffres INSEE sur l’aire urbaine d’Albi en 2010

Chiffres INSEE sur la communauté d’agglomération de l’albigeois 

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8 réflexions sur “La question des mobilités dans le centre-ville d’Albi

  1. Pingback: Albi, sa cathédrale, ses boutiques vides et son lanceur d’alerte | L'interconnexion n'est plus assurée

  2. Article intéressant qui montre bien que malgré ce que l’on peut entendre ici ou là, le centre ville d’Albi est largement ouvert aux automobilistes. Il oublie cependant deux aspects importants :
    – le premier c’est qu’il y a beaucoup de personnes sans voiture : parce qu’elles n’en ont pas les moyens ou parce qu’elles sont trop âgées ou qu’elles n’ont pas le permis,… Quelle qu’en soit la raison, ces gens-là sont des citoyens à part entière qui ont le droit de venir en ville sans risquer de se faire écraser, sans être obligé de marcher dans la rue parce que les trottoirs ou les bandes cyclables servent de parking aux automobilistes, etc… Mais ces personnes sont souvent discrètes et ne se font pas entendre.
    – le second c’est que si la ville était mieux adaptée aux piétons, cyclistes, personnes en fauteuil,… bref à tous ceux qui sont des usagers « fragiles », le centre-ville s’en trouverait dynamisé comme le montre bien l’exemple de toutes les villes qui ont fait ce pari. La future passerelle c’est très bien, mais il ne faudrait pas que cela empêche la réalisation de « petits » aménagements qui améliorent la vie quotidienne des piétons et cyclistes (et qui en plus ne coûtent pas si cher !). Nous sommes (très) loin d’Amsterdam, mais si on essayait plus modestement de se rapprocher de certaines villes françaises qui ont fait ce choix, ce serait bien.

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  3. Bonjour,

    Merci pour votre commentaire.

    Je tiens à rappeler que cet article a trois objectifs :
    – montrer que le centre-ville d’Albi n’est pas un paradis pour piétons
    – prouver que les automobilistes y ont encore la part belle
    – cartographier l’accessibilité du centre-ville d’Albi en transports en communs

    Ceci étant dit, je partage totalement votre avis en ce qui concerne les piétons (qui ils sont et leur discrétion). Les personnes les plus virulentes et les plus bruyantes vis-à-vis des mobilités en CV ne sont pas les gens qui marchent et qui doivent bien souvent s’adapter à un aménagement dangereux mais les automobilistes (relayés par certains commerçants) qui ne cessent de se plaindre.
    Je partage également votre deuxième remarque. Il est en effet urgent d’aménager certaines parties du CV afin de garantir la sécurité des piétons et de dynamiser les rues. Je suis convaincu que la voiture est mortifère et joue pour beaucoup dans la morosité des villes. Toutefois, connaîtrons-nous une majorité municipale suffisamment courageuse pour faire un pari similaire à celui de La Rochelle?

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  4. Vous ne parlez pas de toutes les rues qui ont été fermées, piétonnisées, enchicannées, sens-uniquées, étriquées. Emile Grand, Berchère, Monument au Mort, Place Lapérouse etc c’est une catastrophe.

    Où qu’on veuille aller, on se retrouve à la gare ?! (où on a rien à faire), et coincé avenue François Verdier pour essayer de sortir de la nasse …

    L’hypercentre piéton réalisé sous Castel était bien suffisant pour notre ville et cohérent au regard de l’étroitesse des rues. Il fallait laisser le reste à minima tel quel.

    Rodez avec le viaduc de Bourran, Castres avec les voies urbaines Nord et Sud, ont ouvert de nouvelles voies de circulation … à Albi, on bouche, on congestionne, on limite et on freine.

    Temps perdu, carburant, usure et amortissement des véhicules, des artisans, livreurs, transporteurs, techniciens, agents, commerçants et tout intervenant qui font survivre ce qui reste dans le centre ville et qui n’ont pas loisir d’aller en bus ou en vélo avec leurs matériels. Stress, énervement, transbahuter à pied cartons, outils, livraisons, se fracasser le dos, pourquoi faire compliquer quand avant on se garait devant son lieu d’intervention ? pourquoi devoir se faire mal quand avant c’était simple ? ça rapporte ? aux toubibs ?

    Et la cerise sur le gâteau, concomitamment à ce qui précède: ne venez pas me parler d’écologie quand tout est fait pour qu’on consomme le plus possible de carburant dans les bouchons, les arrêts et démarrages répétés, les accélérations et freinages aux limitations de vitesses qui changent tout le temps et sans cohérence, la recherche d’une improbable solution à un arrêt ou un stationnement, les tours et les détours dans le labyrinthe des rues fermées, des travaux, des sens interdits, des pièges et des traquenards en tout genre. L’usure répétée et prononcée du matériel et des biens sur les pavés, les chicanes, les dos d’ânes, ralentisseurs, coussins berlinois … l’industrie automobile vous remercie pour leur remplacement prématuré, pendant que le « bilan carbone » en prend un sacré coup et que l’état touche TVA, TIPP et cie sur tout ce business savamment orchestré et imposé.

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    • Votre ode à la voiture est touchante mais ne m’interpelle pas.

      Il est vrai, certes, que la circulation dans Albi est spéciale. Pourtant, le centre-ville reste largement accessible aux automobilistes et certaines rues sont de véritables dangers pour les piétons/cyclistes (croisement rue Camboulives/rue de la violette, rue Peyrolière, croisement rue Savary/place Lapérouse devant la statue, rue Croix Verte…). Cette situation rend la ville anxiogène et peu agréable.

      Ensuite, concernant les magasins du centre, hormis de faibles portions (une partie de la rue Mariès, rue de l’hôtel de ville..), l’écrasante majorité sont accessibles aux transporteurs. Et encore, dans les rues piétonnes, il y existe des aménagements pour les livraisons… Il ne faut pas exagérer!

      Bref, je ne cautionne pas un modèle du tout-automobile qui ferait du piéton/cycliste un nuisible à éliminer. Je suis fermement convaincu que la voiture est un danger pour les personnes et pour la vie dans la ville.

      Ouvrons la réflexion sur ce sujet avec André Gorz qui écrivait ceci en 1973 dans Le Sauvage :

      « L’alternative à la bagnole ne peut être que globale. Car pour que les gens puissent renoncer à leur bagnole, il ne suffit point de leur offrir les moyens de transports collectifs plus commodes : il faut qu’ils puissent ne pas se faire transporter du tout parce qu’ils se sentiront chez eux dans leur quartier, leur commune, leur ville à l’échelle humaine, et qu’ils prendront plaisir à aller à pied de leur travail à leur domicile – à pied, ou, à la rigueur, à bicyclette. Aucun moyen de transport rapide et d’évasion ne compensera jamais le malheur d’habiter une ville inhabitable, de n’y être chez soi nulle part, d’y passer seulement pour travailler ou, au contraire, pour s’isoler et dormir. »

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