Zones commerciales périphériques: la ceinture grise d’Albi

« Échangeurs, lotissements, zones commerciales, alignements de ronds-points… Depuis les années 60, la ville s’est mise à dévorer la campagne. »

En 2010, deux journalistes de l’hebdomadaire Télérama dressent ce constat lapidaire, dans un article consacré à l’enlaidissement de notre pays. Les auteurs tentent de comprendre « comment la France est devenue moche ».

Albi, ville moyenne d’environ 50 000 habitants et au cœur d’une aire urbaine qui en rassemble le double, n’échappe pas au phénomène. S’il est vrai que la ville rouge est réputée pour sa majestueuse cathédrale et la beauté de son centre historique, elle n’en reste pas moins, à quelques kilomètres de là, comme tant d’autres villes françaises, défigurée pour ne pas dire ravagée.

C’est à partir des années 1970 que la préfecture du Tarn a connu une croissance périphérique sans précédent. Les communes rurales aux alentours ont ainsi accueilli pêle-mêle des hangars, des lotissements et des ronds-points sur ce qui était autrefois des espaces naturels et agricoles. Le désastre était en marche…

Les premières implantations commerciales périphériques commencent avec l’ouverture d’un hypermarché Leclerc (1973) et d’un concessionnaire automobile Simca (1974) à Lescure d’Albigeois, d’un autre hypermarché: Mammouth (1973) à Caussels, un quartier d’Albi très peu urbanisé à cette époque, en marge de la ville, de Conforama (1975) à Puygouzon et du concessionnaire Fiat (1975) route de Castres.

Aujourd’hui, cette tendance s’est confirmée et même aggravée. Les zones existantes se sont densifiées et multipliées, faisant partie intégrante de notre quotidien. Difficile d’y échapper tant l’emprise périphérique est considérable.

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Image n°1: Zone commerciale de La Baute, au Séquestre

Nous avons mené une étude de trois mois sur la périphérie d’Albi, sur ce que l’on peut qualifier de « ceinture grise ». Notre idée principale est de dire que la ville centre est assiégée et étouffée par sa couronne périurbaine. Notre objectif, quant à lui, est d’alerter sur le délitement de la ville et les ravages en cours en périphérie.

Pour le prouver, nous nous efforcerons, en premier lieu, de fournir des chiffres illustrant la superficie occupée par les zones commerciales périphériques. Nous détaillerons ensuite l’offre commerciale des différentes zones avant de montrer que nombre d’entre elles sont en déclin. Pour finir, nous analyserons l’attractivité qu’exercent ces zones, au détriment de la ville centre et des quartiers, comme celui de la Madeleine.

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Image n°2: Le ruisseau du Séoux traverse l’espace commercial de Garban-La Borie, à Puygouzon

 

Les zones commerciales périphériques sont dévoreuses d’espace

Si on en croit les derniers chiffres fournis par la Direction Générale des Entreprises (DGE), la France compterait près de 100 millions de m² de surfaces commerciales en 2016, soit la surface de la ville de Paris, soit près de 1,5 m² par habitant.

En se focalisant uniquement sur les grandes et moyennes surfaces (qui font au moins 400 m²), celles que l’on retrouve presque exclusivement en périphérie, on atteint un chiffre de 50 millions de m² dédiés à la vente, soit près de 0,8 m² par habitant.

Ces chiffres ne prennent en compte que les surfaces allouées à la vente et non les vastes espaces occupés par des parkings ni les aménagements routiers réalisés pour accéder aux zones commerciales.

A Albi, l’emprise au sol des zones commerciales (bâtiments + parkings) représente une surface totale de plus d’un million de m² soit 115 hectares. Cela correspond à 3 fois la taille du centre-ville, ou encore à 120 fois la place du Vigan!

Le graphique ci-dessous (figure 1) nous permet de constater que c’est bien sur le territoire de la commune d’Albi que se situent près de la moitié des zones commerciales périphériques, loin devant Puygouzon, Lescure d’Albigeois et le Séquestre.

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Le graphique suivant (figure 2) nous montre la part très importante de certaines zones commerciales comme celle de la route de Castres qui s’étale sur les communes d’Albi et de Puygouzon et celle de Garban-La Borie, située à Puygouzon. Il est à noter, tout de même, que cette dernière n’est plus exclusivement tournée vers le commerce de détail et qu’elle abrite d’autres activités.

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En outre, si on analyse plus finement ces résultats, on se doit de préciser que les zones de La Baute, au Séquestre et des Portes d’Albi, à Albi se font face, constituant un ensemble traversé par la rocade. Cette remarque vaut également pour l’ensemble commercial qui commence au rond-point de l’Arquipeyre, à Albi, et se finit le long de la route nationale 88, à Lescure, englobant au passage le centre commercial Leclerc. C’est également le cas pour les hangars disséminés le long de la route de Castres jusqu’à Garban-La Borie.

Ainsi, on constate que l’offre commerciale périphérique de l’agglomération albigeoise se concentre autour de trois pôles principaux, situés sur des axes menant aux grandes villes alentours: Carmaux et Rodez (au Nord), Castres (au Sud) et Gaillac-Toulouse (à l’Ouest).

Si on ramène la surface totale des zones commerciales périphériques au nombre d’habitants des communes concernées, on obtient les résultats ci-dessous (figure3), qui illustrent parfaitement l’histoire des communes rurales autour d’Albi ces 40 dernières années.

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L’artificialisation des sols à des fins commerciales y a explosé, beaucoup plus que l’accroissement de la population. C’est pourquoi on obtient des ratios spectaculaires pour Puygouzon, Le Séquestre et Lescure d’Albigeois. A titre de comparaison, la taille moyenne des logements en France est de 90,90 m², selon une étude menée par l’INSEE en 2013.

En ramenant le total des surfaces commerciales périphériques d’Albi au nombre d’habitants de l’agglomération albigeoise – 81 365 en 2013 d’après l’INSEE – on obtient une impressionnante moyenne de 14,64 m² de surface commerciale par personne.

Afin d’avoir une vue synthétique sur la taille des espaces commerciaux périphériques, il est possible de consulter les deux tableaux ci-dessous.

Sans titre.jpgSi on s’intéresse aux spécificités de certaines zones commerciales périphériques, on obtient des chiffres tout aussi vertigineux.

Le long de la RN 88 Nord, par exemple, des dizaines de hangars se succèdent sans presque aucune interruption sur près de 1,5 kilomètres. Il y a pire si on prend la route de Castres et ses 3,5 kilomètres de bâtiments en tôle, posés pour la plupart en plein champ.

En outre, en ce qui concerne le centre commercial des Portes d’Albi, il est intéressant de souligner que la longueur de sa galerie marchande (intérieure et extérieure) est d’environ 500 mètres. C’est démesuré dans la mesure où les rues Croix Verte et Séré de Rivières , les plus importantes du centre-ville par leur taille, mesurent approximativement 400 mètres; que la rue de l’Hôtel de Ville mesure, quant à elle, environ 200 mètres…

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Image n°3: Les Portes d’Albi en arrière plan du Buffalo Grill de la zone commerciale de La Baute

 

Les zones commerciales périphériques proposent de tout

Contrairement au centre-ville, on trouve de tout dans les zones commerciales périphériques (figure 4): de petites, moyennes et grandes surfaces de vente, des garages, des concessionnaires, des salles de sport, des producteurs fermiers, un quincailler, un vide-grenier permanent, des artisans, des restaurants, des services, des hôtels, et une part non-négligeables de magasins vides…

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Si on isole uniquement les activités commerciales de détail (figure 5) on obtient une typologie dont il est possible de retenir trois choses:

près de 13% de locaux sont vides, soit 51 au total. Pour rappel, le centre-ville d’Albi connait une vacance commerciale de 15,54% au 1er février 2017, soit un total de 78 cellules.

– les trois activités les plus présentes dans les zones qui nous intéressent sont l’équipement de la personne (14%), l’équipement de la maison (12%) et tout ce qui concerne les biens culturels et de loisir (8%).

la diversité commerciale est plus grande en périphérie que dans le centre-ville d’Albi. Par exemple, l’habillement n’y est pas surreprésenté et la part de l’alimentaire y est plus importante. On y trouve en outre une quincaillerie et du petit électroménager.

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La grande diversité de l’ensemble de l’offre périphérique ne doit pas occulter la spécificité de certaines zones, comme c’est le cas à Garban-La Borie, dans laquelle on trouve de nombreuses activités en lien avec l’explosion pavillonnaire de ces dernières décennies (figure 6).

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En effet, de nombreuses entreprises et artisans sont spécialisés dans la menuiserie, la pose de volets, de portails, de fenêtres et de clôtures, l’installation et l’entretien de piscine, l’isolation. On recense également un nombre important de magasins dédiés à l’équipement de la maison au sens large: meubles en tout genre, literie, objets de décoration intérieure, canapés…

La part des magasins consacrée à la construction et à l’équipement atteint un peu moins de 50% à Garban-La Borie. Si on y ajoute la part des locaux vides, on culmine à 70%. Cela signifie donc que seulement 30% des cellules sont affectées à d’autres activités.

Près de 10% de bâtiments sont occupés par des services administratifs comme l’URSSAF et Véolia, mais aussi par une clinique vétérinaire, un cabinet d’architecte, une école de musique ou encore un relais de livraison de colis (anciennement Chronopost). On retrouve là des ressemblances avec la zone de La Baute qui accueille elle aussi des services de ce type: salle de danse, radio, service financier de la banque LCL, cabinet d’expert-comptable…

Les zones commerciales périphériques se cannibalisent entre elles

Les zones commerciales périphériques de l’albigeois occupent donc un espace très important et proposent une myriade de biens et de services.

Pourtant, ce constat masque une réalité bien moins glorieuse, pour ne pas dire inquiétante: la concurrence exacerbée en périphérie conduit à un phénomène de cannibalisation des zones entre elles, c’est-à-dire à que certaines zones prospèrent au détriment d’autres zones. C’est ainsi qu’un phénomène nouveau, peu visible en périphérie, est en train de prendre de l’ampleur partout en France: la vacance commerciale.

A Albi, sur les onze zones de notre étude, huit sont concernées par la vacance commerciale (figure 7) et quatre sont particulièrement touchées. En effet, le pourcentage de locaux vides avoisine les 20% à Caussels et Route de Castres et même 30% à Cantepau et Garban-La Borie! C’est jusqu’à deux fois plus qu’en centre-ville, dont la vacance tourne autour de 15%. Rappelons que le seuil d’alerte fixé par PROCOS, organisme qui mesure le nombres de commerces vides dans chaque ville de France, est de 10%.

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Il est possible d’avancer quatre raisons principales pour expliquer la vacance commerciale en périphérie:

– la suroffre commerciale ou saturation de l’offre semble une des raisons majeures. Elle est soulignée avec force par les auteurs d’un récent rapport de l’Inspection Générale des Finances (IGF). Dans l’agglomération d’Albi, on trouve, par exemple, pas moins de 18 magasins de meubles, 4 grandes surfaces de bricolage et 13 supermarchés et hypermarchés. Dans ce contexte, la compétition est féroce pour obtenir la plus grosse part d’un gâteau très réduit.

– la trop grande spécialisation d’un espace commercial, son manque de diversité, peut également poser des problèmes. La zone de Garban-La Borie, par exemple, a une offre très importante dans le secteur du meuble et de la literie. La crise qui a touché le marché de l’ameublement ces dernières années a provoqué la fermeture de nombreuses enseignes, dont Fly.

– lorsqu’une locomotive commerciale est en difficulté et ne joue plus son rôle d’aimant, c’est toute la zone concernée qui souffre. On observe très aisément ce phénomène à Cantepau (photos ci-dessous), où l’Hyper Casino peine à se remplir et à Puygouzon avec son Carrefour Market presque désert. Bien souvent, la suroffre explique les problèmes rencontrés par certaines moyennes et grandes surfaces.

Dans le cas de l’Hyper Casino de Cantepau, la proximité avec le Leclerc de Lescure lui est fatale. En ce qui concerne le Carrefour Market de Puygouzon, il semble que la proximité avec l’Intermarché du Séquestre soit en cause, en plus d’un mauvais emplacement.

– une mauvaise situation stratégique est en effet, elle aussi, à prendre en compte. Lorsqu’un commerce est invisible, en situation d’enclave, loin de tout passage, il est condamné. La zone de Garban-La Borie illustre parfaitement ce constat. Une grande partie de l’offre commerciale, dont Carrefour Market, est invisible depuis l’axe structurant, la route de Castres.

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Contre toute attente, dans ce contexte d’hyper-compétition déjà saturé, de nouveaux espaces commerciaux vont voir le jour très prochainement. C’est le cas à Lescure d’Albigeois, où la reconversion des anciens hangars d’Escaffre en centre commercial est prévue pour l’été 2018 et à Albi, où l’enseigne Leroy Merlin entend s’implanter dans la quartier de la Renaudié.

Ces projets n’incitent guère à l’optimisme et risquent d’aggraver la situation de certains espaces commerciaux fragiles. Il n’est pas saugrenu de se demander si la zone de Garban-La Borie (photos ci-dessous) est condamnée à devenir un « dead mall« , c’est-à-dire une friche commerciale.

La question mérite d’être posée quand on connaît le fort taux de vacance qui caractérise ce secteur et lorsqu’on y observe la disparition progressive d’activités commerciales.

Les zones commerciales périphériques sont plus accessibles que les commerces de ville: l’exemple du quartier de la Madeleine

Situé sur la rive droite du Tarn, ce quartier illustre les difficultés croissantes des commerces de proximité à faire face à la concurrence de l’offre commerciale en périphérie.

La Madeleine, quartier historique d’Albi, se décompose en deux parties: au nord, autour de la gare; au sud, autour du pont neuf. Le boulevard Alsace-Lorraine marque la séparation entre ces deux territoires.

 

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Image n°5: Épicerie devant la gare de la Madeleine

Nous entendons par quartier ce que Moles et Rohmer appellent  « le lieu charismatique » de la spontanéité, du connu, de ce qui est exploré sans imprévu. Autrement dit, il s’agit d’un « territoire du face à face et du contrôle social » où l’on se déplace sans effort, sans projet programmé, sans longue perte de temps à l’intérieur d’un cercle d’environ 500 mètres de rayon. C’est l’héritier du village.

Notre approche se fera du point de vue du piéton et non du cycliste, car le vélo est davantage à considérer dans le cadre de trajets plus longs, au-delà de l’espace quartier tel que défini ci-dessus.

Nous nous sommes alors demandés : combien de temps un piéton met-il pour rejoindre les différents commerces de La Madeleine ? Est-il plus simple pour lui d’utiliser les commerces de proximité ou ceux de la zone commerciale qui jouxte La Madeleine ? Voici comment nous avons procédé.

Pour réaliser cette étude, nous avons utilisé un outil qui s’appelle « l’isochrone ». Dans le cadre de notre étude, il s’agit de la zone d’accessibilité d’un commerce.

Nous avons en effet choisi plusieurs commerces et avons tenté de savoir quelle zone ils pouvaient couvrir, en utilisant le critère piétonnier. Cela nous a permis de rendre compte du temps d’accès au commerce de proximité pour les habitants de ces quartiers.

La durée maximale retenue est de huit minutes, ce qui permet de définir une « zone de spontanéité » qui répond aux exigences intrinsèques d’un quartier, à savoir la proximité des besoins du quotidien. Cette durée tient compte du temps de déplacement d’un piéton dans le cadre d’un achat en ville. A noter que le calcul de l’isodistance de 500 mètres (distance proposée par Moles et Rohmer), centrée sur ces mêmes points, rend compte de résultats similaires.

Partant du principe que le quartier a pour vocation d’assurer le minimum des besoins du quotidien, nous retiendrons uniquement les magasins d’alimentation générale et les commerces de bouche, bien que la présence d’autres commerces soit un signal fort de la dynamique d’un quartier : les bars et restaurants, autres marqueurs de la convivialité, mériterait d’être analysés dans le cadre d’une autre étude.

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Isochrone n°1: Zone d’accessibilité des deux pôles commerciaux de la Madeleine (IGN, Géoportail)

Deux pôles commerciaux desservent le quartier de La Madeleine (isochrone n°1): l’un est centré autour du carrefour de la gare Albi-Madeleine, l’autre est situé avenue de la Madeleine, entre le Pont Neuf et le carrefour de la Madeleine. Il apparaît clairement que le « secteur piéton » exclut une partie de la Madeleine,  le secteur « historique ».
Par ailleurs, les isochrones ne rendent pas compte de la forte disparité de ces deux pôles en termes d’offre de commerce de proximité. En effet, le secteur de la gare dispose d’une plus grande diversité : deux boucheries, une boulangerie, une maison de la presse, de l’alimentation générale, un magasin d’électroménager, un caviste, des coiffeurs, des restaurants… Le secteur de l’avenue Strasbourg, quant à lui, voit son offre pénalisée par l’absence d’alimentation générale (le local est actuellement à vendre) et de boucher, malgré la présence d’une pharmacie, d’un opticien, d’un tabac-presse, d’une boulangerie, d’un fleuriste, de bars/restaurants ainsi que du marché du samedi matin (liste non exhaustive).

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Isochrone n°2: Zones d’accessibilité des magasins d’alimentation générale (IGN, Géoportail)

Les alimentations « générales » (isochrone n°2) sont des marqueurs essentiels de l’offre commerciale de proximité, car on peut y trouver de quoi satisfaire l’essentiel des besoins du quotidien. Le secteur « historique » de la Madeleine se voit écarté de l’espace de spontanéité, du fait de la fermeture de l’alimentation générale du Boulevard de Strasbourg.

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Isochrone n°3: Zones d’accessibilité des boulangeries et pâtisseries (IGN, Géoportail)

Les boulangeries/pâtisseries sont réparties le long des voies de communication (isochrone n°3), toutefois certaines zones sont toujours en dehors de l’aire de spontanéité, notamment la Madeleine « historique ».

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Isochrone n°4: Zones d’accessibilité des boucheries (IGN, Géoportail)

La présence de deux boucheries près du carrefour de la gare (isochrone n°4), ainsi que sur l’Avenue Albert Thomas mettent en lumière, une fois encore, l’exclusion du secteur « historique » de la Madeleine.

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Isochrone n°5: Zones d’accessibilité des autres commerces alimentaires (IGN, Géoportail)

D’autres commerces alimentaires (isochrone n°5) sont présents le long de l’avenue Albert Thomas: un magasin de produits surgelés, une épicerie exotique, un supermarché bio et le supermarché Aldi. Situés sur cette avenue très passante, ces commerces semblent davantage s’adresser aux automobilistes de passage comme en témoigne la présence d’aires de stationnement.

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Isochrone n°6: Zone d’accessibilité du centre commercial Leclerc de Lescure d’Albigeois (IGN, Géoportail)

L’isochrone n°6,  centrée sur le centre commercial de Lescure, calculée sur la base d’un déplacement de 5 minutes en voiture, met en évidence l’aire d’influence de l’offre commerciale de périphérie, qui vient concurrencer le commerce de proximité.
L’ensemble du quartier de la Madeleine se trouve dans la zone de chalandise du centre commercial de Lescure, qui rassemble l’ensemble de l’offre commerciale évoquée plus haut.

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Isochrone n°7: Zones d’accessibilité des commerces de la Madeleine

En superposant l’ensemble des isochrones précédents, on obtient une vision d’ensemble de l’accessibilité de l’offre commerciale du quartier de la Madeleine pour les piétons (isochrone n°7). On observe bien que le secteur historique de la Madeleine est complètement exclu de la zone de chalandise des commerces du quartier et que la zone où la spontanéité est la plus forte se situe autour de la gare.

Ainsi, l’offre commerciale de proximité de la Madeleine ne permet pas d’assurer confortablement les achats du quotidien, à pied, au-delà d’une certaine distance alors même que les deux pôles commerciaux de ce quartier sont indispensables à la vie quotidienne de ses habitants.

Les mesures d’isochrones auront permis de mettre en exergue la captivité de tout un quartier face à l’offre commerciale périphérique de Lescure, notamment. Pour un habitant de la Madeleine, habitué à se déplacer selon une logique de chaînage, il est plus facile et pratique de se rendre dans la galerie marchande de Leclerc, où tous les commerces sont regroupés, que de fréquenter les commerces de proximité, très dispersés.

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Image n°6: Rue Rinaldi, près du pont vieux (Google Maps)

La situation du secteur « historique » de la Madeleine apparaît comme la plus paradoxale: en effet, malgré sa forte densité de population et du bâti, ses atouts architecturaux et historiques, son classement à l’UNESCO, son école, son musée… on n’y trouve plus de commerces de proximité. Peut-on pour autant parler de « quartier résidentiel », comme s’est hasardé à le dire un journaliste de France 3? Non, car on y décèle bien les vestiges d’anciens commerces, le long des rues Porta et Rinaldi jusqu’aux abords du Pont Vieux : vitrines et devantures vides, certaines condamnées depuis longtemps, d’autres plus récemment, certains riverains évoquent la présence de commerces de bouche il y a plusieurs années, le dernier bistrot (Lama de Laine) ayant d’ailleurs fermé en 2016.

Cette inquiétante disparition des commerces provoque une réduction de l’aire d’influence de l’offre commerciale de proximité et impacte fortement sur la qualité de vie du quartier.

***

Pour conclure, on peut affirmer que les zones commerciales périphériques forment une barrière de plus de 100 hectares autour de la ville. Cette ceinture grise fournit une suroffre de commerces, de services et de loisirs, impactant sur une ville centre de plus en plus touchée par cette concurrence. L’exemple du quartier de la Madeleine est à ce titre très frappant. Ce secteur ancien peine à maintenir une offre de proximité, toujours plus fragilisée par le centre commercial voisin.

Toutefois, s’il est vrai que la multiplication des zones commerciales a considérablement mis à mal les commerces de la ville centre, avec de nombreuses fermetures de services de proximité, on remarque une vacance importante dans certains secteurs périphériques: Puygouzon, Cantepau, Caussels. Cette cannibalisation des zones commerciales périphériques entre elles est-elle le signe d’un essoufflement ou d’un déclin du modèle d’exurbanisation commerciale qui domine en France depuis quelques décennies?

Il semble difficile de répondre par l’affirmative car la ville centre est bel et bien étouffée par sa périphérie et ce ne sont pas les projets commerciaux à Lescure et à la Renaudié qui incitent à l’optimisme…

 

Méthodologie utilisée

Tout d’abord, les chiffres que nous avançons correspondent à l’emprise au sol des zones commerciales. Nous ne raisonnons pas en termes de surfaces de vente mais bien en termes de surfaces artificialisées: bâtiments et parkings.

Ensuite, notre étude s’appuie sur les chiffres fournis par la base de données du cadastre et sur les cartes proposées par l’Institut National de l’information Géographique et forestière (IGN). Ainsi, nous obtenons des chiffres qui correspondent à l’ensemble des parcelles intégrées dans une zone commerciale périphérique, qu’il s’agisse de bâtiments ou de parkings.

Le choix des zones, quant à lui, répond essentiellement à quatre critères:

– la situation géographique: à savoir toute zone coupée du tissu urbain de la ville centre, située en périphérie de la ville centre et proche d’un axe routier structurant

– l’architecture: nous parlons ici de constructions récentes de type hangars

– l’activité: dominance du commerce de détail

– la présence d’une locomotive commerciale, c’est-à-dire d’un magasin-phare, d’un moteur économique. Il s’agit le plus souvent d’une moyenne et grande surface (MGS).

C’est pourquoi la zone de Jarlard, par exemple, n’a pas été retenue. Bien qu’on y trouve des commerces de détail, l’industrie y reste l’activité principale.

Enfin, nos difficultés ont été multiples:

– l’évolution récente de certaines zones nous a conduits à nous interroger sur les types de hangars à comptabiliser. Fallait-il se focaliser sur les bâtiments commerciaux uniquement ou alors prendre en compte l’ensemble des bâtiments d’une même zone? Nous avons opté pour la seconde option, tant les hangars sont interchangeables. En effet, un artisan peut très bien occuper un hangar puis le céder à un magasin de loisirs créatifs, qui deviendra à son tour un concessionnaire de camping-cars.

– la délimitation de certaines zones nous a posé problème. Par exemple, devions-nous inclure l’ancien Lidl de l’avenue Gambetta dans le chapelet de commerces de la route de Castres? S’il y a effectivement une continuité, ce local fait partie de la fin de la ville centre. Contrairement à la BioCoop, il ne se trouve pas de l’autre côté de la première barrière constituée par l’ancienne ligne de chemin de fer.

– le choix de certaines zones a fait l’objet d’interrogations. S’il a été indiscutable de prendre en compte Les Portes d’Albi, La Baute ou les hangars situés le long des grands axes routiers, il n’en a pas été de même pour les zones commerciales de Cantepau et du croisement de la rue du Roc et de l’avenue Teyssier. Au premier abord, ces deux espaces semblent intégrés à leur quartier mais une observation plus fine nous permet de constater qu’ils sont très peu accessibles à pied, critère essentiel pour définir un quartier. Ils ont donc été considérés comme étant des espaces commerciaux périphériques.

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4 réflexions sur “Zones commerciales périphériques: la ceinture grise d’Albi

  1. Juste une petite coquille sur  » selon une étude menée par l’INSSE en 2013″.
    Et peut-être reformuler « mériterait de s’y pencher dans le cadre d’une autre étude » en « mériterait d’être étudiés dans le cadre d’une autre enquête ».

    Commentaire à effacer après prise en compte (ou pas !).

    Bien cordialement (et bravo pour le travail effectué).

    Aimé par 1 personne

  2. Beau travail!
    N’y a t’il pas coquille juste avant méthodologie utilisée : Projets commerciaux à lescure et à la renaudié (et non caussels)?
    Du coup pourquoi ne pas construire le leroy merlin à lescure (prochains travaux prevus et pas de magasin de bricolage là bas ) ou dans un hangar vide on voit bien dans cet article que ce n’est pas ce qui manque, plutôt que d’étouffer la renaudie,
    Le weldom , cet espace vert et sa maison ancienne et sa route qui n’est pas de la 4 voie?

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  3. Pingback: Albi: périphérie mon amour | Albi centre-ville

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