Compte-rendu du débat radiophonique avec Stéphanie Guiraud-Chaumeil

Jeudi 20 avril, j’ai rendez-vous à 11 heures dans les locaux de la radio 100% avec Stéphanie Guiraud-Chaumeil, maire d’Albi depuis 2014.

Cette dernière, très agacée par la mauvaise presse faire autour d’Albi et notamment par un article du New York Times, a souhaité me rencontrer.

C’est Laurent Batigne, journaliste de la station, qui jouera le rôle d’intermédiaire dans le but de permettre un dialogue entre madame le maire et moi.

Le jour J, on s’installe autour de la table. Je fais face au maire, son attachée de presse s’installe derrière moi, hors de ma vue, le journaliste se tient entre nous deux. Celui-ci nous rappelle les raisons de notre présence et choisit de me donner la parole en premier. Il me demande.d’expliquer l’origine et l’objectif de mon travail J’ai l’occasion de répondre posément durant 5 minutes, puis c’est au tour du maire de prendre la parole.

Dès les premières secondes de son intervention, je comprends que Stéphanie Guiraud-Chaumeil n’est pas venue pour débattre et qu’elle n’entend pas me respecter, comme en témoigne les deux répliques suivantes, lourdes de sous-entendus:

SGC: Je suis contente de savoir que le fameux monsieur F n’est pas qu’une capuche de dos, qu’il a effectivement un visage.

Je crois que c’est important, quand on fait un travail, comme vous le qualifiez, d’assumer les responsabilités, d’assumer les conséquences de ses actes, les conséquences de sa curiosité.

Les 25 minutes suivantes vont se dérouler sur le même ton. Je vais être constamment interrompu par une Stéphanie Guiraud-Chaumeil très nerveuse, qui va multiplier les remarques acerbes, les commentaires démagogiques, les non-réponses à mes quelques questions.

Moi: mon propos se concentre sur le centre-ville et plus, on va dire de manière étendue, sur la ville-centre, c’est-à-dire la commune d’Albi. Là vous me parlez de…

Mais on n’est pas dans un monde où on peut raisonner juste Heureusement que la ville-centre a besoin de l’ensemble des communes de l’agglomération

On peut…

Que l’ensemble des communes de son aire urbaine pour vivre !

Oui mais je…

Vous êtes là pour ériger des murs, Monsieur ?!

A quel prix ?

Le centre-ville d’Albi juste pour les albigeois

Justement, à quel prix tout ça s’est fait ? Est-ce que vous voyez les contours de ville en fait ? C’est ça que je…

Par l’attractivité d’un territoire ! C’est une ville-centre !

Alors…

Considérer que le centre-ville d’Albi doit être vu que par le regard des albigeois ?!

Vous ne répondez pas à ma question.

Heureusement ! Heureusement qu’un tiers des travailleurs d’Albi n’habite pas Albi et viennent d’autres communes ! Heureusement !

Non, vous répondez pas à ma question. Mais oui, mais comment viennent-ils ? Encore une fois, il y a des contours de ville…

Comment ça, comment viennent-ils ? Vous me demandez s’ils viennent en voiture, en bus ou en vélo ?!

Vous ne répondez pas à ma question.

Ah bah je sais pas, je la comprends pas votre question.

Êtes-vous satisfaite des contours de ville qui ont été façonnés par la suroffre commerciale périphérique ?

Alors

Voilà. Là, là c’est ma question : êtes-vous satisfaite en gros de l’architecture qui entoure toute la ville entre la partie nord jusqu’à la partie sud-est ?

Vous ne m’entendrez jamais opposer, monsieur, commerce de périphérie, commerce de centre-ville, commerce de quartier, parce que dans votre « étude », dans votre modèle mathématique, vous oubliez aussi les commerces de proximité dans les quartiers qui font vivre énormément d’albigeois.

Absolument pas.

Je crois que… on n’est pas du tout dans la question, là, de savoir comment je trouve les entrées de ville.

Mais bien sûr que si !

Elle va, en outre, me bombarder de questions agressives, auxquelles je tente, tant bien que mal, de répondre, alors même que je ne suis pas écouté. Mes propos font façade et madame le maire semble plus venu pour en découdre que pour débattre sur le fond de mon travail.

Et là, quelque chose qui rejoint toutes les villes, on va en parler parce que là, ça concerne en fait la politique qui a été menée par les élus, c’est la périphérie. Là, c’est quelque chose qui n’a jamais été mis…

Nous y voilà!

…qui n’a jamais été, heu, mis en avant. Et c’est quelque chose, dans les rapports on parle de l’IGF, qui a été le rapport qui a fait le plus de bruit, où ils montrent en fait qu’une suroffre commerciale en périphérie est très grave dans l’équilibre…

Vous faites aucune course en commerce de périphérie, monsieur?

Non. Je les ai faites.

Aucune course?!

Non, plus maintenant.

D’accord.

Je les ai déjà faites aux Portes d’Albi, qui est pour moi quelque chose d’horrible. Je vous le dit, hein.

D’accord.

Qui est quelque chose

Et donc vous stigmatisez l’ensemble des albigeois qui vont faire leurs courses là pour (inaudible) qui vont faire leurs course en commerce de périphérie.

C’est pas une question de stigmatiser, c’est qu’avoir permis la construction de cette mastodonte commercial est pour moi une grave erreur

Dans ce contexte, il m’est très difficile de fournir des réponses complètes aux questions qui me sont posées, de reprendre le fil de ma pensée après autant d’interruptions, de virulence et de mépris.

Malgré tout, je tente de m’exprimer le plus calmement possible, en parlant de ma démarche, en expliquant les problèmes soulevés par mon travail et en exposant quelques-unes des idées à suivre pour sortir de la situation actuelle. Malgré mes efforts, les propositions que je formule à la fin de notre entretien sont balayées d’un revers de main et achèvent d’énerver madame le maire qui n’a alors plus qu’une idée en tête: partir pour de bon, ce qu’elle a déjà tenté de faire à plusieurs reprises auparavant.

Donc pour moi, la première des solutions, ce serait de stopper les créations de nouvelles zones commerciales. Pour moi et pour beaucoup de gens qui partagent ce travail, que ce soient des journalistes, économistes, universitaires, il y a un problème. Mais regardez les documentaires télé qui ont été faits.

Bon, on a compris, première proposition. Seconde!

[…]

Puisque ça détruit les commerces du centre-ville et des quartiers. Il y a, structurellement, si on continue dans cette fuite en avant de nouvelles créations, un problème.

La première, on a compris! Seconde!

Ensuite, pour moi, si on parle du centre-ville, il y a des bâtiments qui appartiennent à la mairie, dans lesquels on pourrait favoriser l’implantation de lieux d’accueil associatifs.

Allez! Donnez-moi un exemple!

« Donnez-moi un exemple », l’école Pasteur par exemple. L’école Pasteur, le théâtre de la Croix Blanche…

[…]

Alors ça va pas vous plaire parce que vous voulez mettre un lieu associatif dans l’école Pasteur mais nous avons une étude en cours actuellement. Allez! Troisième proposition!

Finalement, peu importait à madame le maire d’échanger sur les causes et les conséquences de la dévitalisation du centre-ville et des quartiers, sur la perte de centralité des petites et moyennes villes françaises. Elle n’a eu de cesse de minimiser et même de réfuter ces constats, arguant que la situation est bien pire ailleurs… A ce titre, faut-il vraiment attendre d’être dans une situation catastrophique pour réagir?

En fait, durant tout le débat,  Stéphanie Guiraud-Chaumeil a été obnubilé par le but de ma démarche.  Pour elle, il est impensable que je puisse mener un travail bénévolement, désintéressé, à l’écart de toute ambition politique. Convaincue du contraire, elle n’aura eu de cesse, dès le départ, de faire de multiples références à mes pseudos velléités politiciennes. C’est pourquoi, à trois reprises, elle a tenté de mettre fin à notre rencontre, prétextant avoir en face d’elle une menace pour son siège de maire…

Dommage, car notre rencontre aurait pu être l’occasion d’un débat d’idées sur notre vision de la ville, sur l’aménagement du territoire et sur les pistes à explorer pour Albi.

INTÉGRALITÉ DE LA DISCUSSION ICI

Quelques liens utiles :

Chiffres clé sur Albi (dataFrance)

Chiffres clés sur Albi (INSEE)

Rapport de l’Inspection Générale des Finances sur la revitalisation des centres-villes en France

Projet d’implantation commerciale à le Renaudié

Projet d’implantation commerciale à Lescure d’Albigeois

Taxe sur les logements vacants votée en 2011

Taxe sur les commerces vacants votée en 2016

A propos de la préemption

Site de l’association Villes de France

Nombreux articles sur Albi et son agglomération

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2 réflexions sur “Compte-rendu du débat radiophonique avec Stéphanie Guiraud-Chaumeil

  1. Un compte-rendu conforme à l’impression de virulence entendue lors de ce débat qui de fait n’en n’a pas été un, Mme Le maire prenant soin de ne pas répondre aux questions qui fâchent (l’extension des grandes surfaces de périphérie, le nouveau projet Redeim à Lescure notamment), préférant s’en tenir à des attaques à la fois sur la personne de M. Jourdain et sur les motivations de son projet qu’elle réduit à de l’activisme partisan. En outre, son obstination à chercher à opposer M. Jourdain aux albigeois (comme s’il n’en était pas un) et aux commerçants nous livre une vision manichéenne dans laquelle celui-ci incarnerait les forces du mal : celui qui serait le responsable du ternissement de l’image de la ville. Or, ces propos, en écartant le débat, sont contreproductifs : nombreux sont les albigeois, commerçants compris (eh oui) qui sont conscients d’une surabondance des surfaces commerciales en dehors de la ville : le sujet, est qu’on le veuille ou non, éminemment politique, au sens noble du terme. Ce déni, cette vision caricaturale de ce qu’est la politique devra se traduire dans les urnes, en effet, à la lumière de ce qui ne peut plus être nié : la nuisance du tout voiture et l’étalement commercial et urbain. Nombreux sont les citoyens qui attendent un nouveau projet, une adaptation aux contraintes environnementales à venir. Ne pas y répondre serait funeste.

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  2. Je découvre tardivement l’émouvant article du New York Times et votre courageux blog.
    Je tiens à vous dire mon admiration et à vous remercier pour votre travail absolument remarquable.
    J’habite depuis dix ans l’étranger et ce que vous dépeignez, je le constate avec douleur à chaque fois que je reviens en France.
    Je n’ai pas encore tout lu du blog, et je ne sais pas si d’autres héros (car vous en êtes un) dans d’autres villes de France sont en relation avec vous.
    Ces trois dernières années j’ai vu Dijon, Bourges, Blois, Sainte Foy la Grande. Des petites villes toutes plus belles les unes que les autres mais mourantes. Les deux dernières sont tuées par leurs « centres commerciaux » immondes et bêtes. Bourges et Blois ont un « festival » qui les maintient mais ne fait pas circuler le sang commercial.
    En revanche Sainte Foy la Grande (Gironde), aimée de Montaigne, ville sublime au bord de la Dordogne, est une ville fantôme en ruines, hantée par les pigeons.
    Il lui reste son beau marché du samedi matin. C’est poignant.
    Alors surtout continuez ! Je pense qu’un jour on comprendra que nos villes et nos villages sont des merveilles à préserver, à faire vivre, qu’ils font partie du génie français et constituent des trésors sans prix. Le bio et le terroir il y a 20 ans ne signifiaient rien. La résurrection de nos chères petites villes et villages viendra un jour.
    Les « centres commerciaux » ne sont que des imitations américaines qui n’auront jamais un brin de valeur à aucun point de vue.
    Des maires dotés d’intelligence, de vision et de courage se lèveront grâce à vous.

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